28.5.09

Il reste de cette mésaventure un peu de sel dans le thé...


"Une fois à la maison, j'ai plongé dans ma sacoche et ramené à la surface mon cahier de textes à l'agonie, tagué aux deux tiers, lacéré aux trois quarts. J'avais une disserte à faire. "A partir d'exemples tirés des Fleurs du Mal, commentez cette phrase de Baudelaire : le beau est toujours bizarre." J'appuyai mon menton à mon poing, style Penseur de Rodin. (Ce mec-là devait avoir un prof de français aussi taré que le mien.) Je ne sais pas ce qui a pris à Baudelaire le jour où il a dit ça, ni qui il voulait emmerder en le disant; ce que je sais, c'est que dans son genre, on peut sortir n'importe quoi.
Ce qu'ils me tannent, tous, avec leur culture! Machin a dit. Truc a pensé. Commentez. Je passe ma vie à commenter. Ho! J'existe aussi! Pendant des années, on m'a demandé de dégager les éléments comiques du Médecin malgré lui sans tenir compte du fait que ça ne me faisait pas marrer. Puis on m'a demandé de dégager la beauté de ces vers du poète :
Le vase où se meurt cette verveine
D'un coup d'éventail fut fêlé.
Le coup dut l'effleurer à peine.
N'y touchez pas il es brisé!
et quand j'ai répondu que ça dégageait surtout l'ennui, ou à la rigueur la verveine, on m'a prié de garder pour moi mes remarques humoristiques. J'ai toujours rigolé à contretemps. La culture, c'est de faire là où on vous dit de faire."

Marie-Aude Murail, Sans sucre, merci, L'école des loisirs, 1992
Dessin de Tim Burton (Vincent)

26.5.09

back to broc

Les beaux jours reviennent. Les dimanches matins aux levers matinaux aussi. Le virus m'a de nouveau contaminée cette année. Nous revoilà avec Bibi à la recherche de trésors délaissés. En clair, les brocantes sont de retour. Les vraies, avec plus de cinquante exposants, pas celle où on se les pèle à 7h du mat' alors qu'il fait encore nuit à attendre que les cartons sortent des voitures, parce que "on sait pas, va p'têtre pleuvoir, pas le coup de déballer...".

Dimanche dernier, j'ai eu un coup de coeur. Je vous entends d'ici, c'est le principe de la broc. Certes. Mais une fois n'est pas coutume, je vais vous faire part de mon craquage galettien. Une galette, qu'est-ce donc? un espèce de truc noir, rond, plat avec des sillons, qui fait du bruit quand on l'écoute dans l'appareil adéquat. Généralement, je n'en parle pas trop sur ce blog (je préfère embêter les connaisseurs sur d'autre(s) site(s) ). Mais là... Je suis tombée sur mon fantasme d'ado. 

Ou plus précisément, sur une fan de David, qui m'a brisé le coeur en ne voulant pas me faire un prix pour son merveilleux bac. Du coup, je n'ai pris que quelques un de ses trésors, m'en fous d'abord, j'ai déjà les autres... (presque... je trouverai les absents dans d'autres brocs...)

Et ce soir, le soleil se couchant dans le salon, la fenêtre ouverte sur une petit brise, j'ai fait découvrir à mes voisins fans de techno (moi aussi je peux mettre la musique à donf quand je veux! m'enfin!)la version album, puis la version concert du voyage sur terre du grand Ziggy Stardust.

Eh bien mes amis, y'a pas à chi...poter... les 33 tours, c'est quand même autre chose! Du bon son brut pour les mécréants! 

Je pense recommencer au prochain son de basses techno... et faire durer le plaisir!

24.5.09

Qui, quoi, quel??

Elsa m'a refilé un nouveau questionnaire... il y a deux semaines... oups!


Quels artistes restent trop méconnus?
Le photographe Antoine d'Agata, Le réalisateur Ed Wood (on connaît le Tim Burton, mais pas assez les films originaux), les peintres flamands (on connaît de nom, mais on ne connaît pas les oeuvres), Nancy Huston, Marie-Aude Murail, Walter Moers et beaucoup de personnes dans mon entourage...  trop de quarts d'heure de gloire...

Quels oeuvres obscures méritent le qualificatif de chef-d'oeuvre?
Les gravures de Félicien Rops pour illustrer les diaboliques de Barbey d'Aurevilly, la trilogie His dark material de Philipp Pullman, le Lost Higwhay de David Lynch (oeuvre obscure?), La famille Tennenbaum de Wes Anderson, les robes origami de Galliano (oui, j'assume!), le Nightmare before Christmas de Danny Elfman (la musique!), la BO du Dracula de Coppola par Wocjiech Kilar... et j'entend par chef-d'oeuvre, les oeuvres qui devraient marquer leur génération et les suivantes en changeant/apportant quelque chose de différent à leur discipline (oui, je suis conventionnelle).

Quel artiste globalement médiocre aimez-vous quand même pour une création sublime?
Andrew Niccol pour son Bienvenue à Gattacca qui est esthétiquement l'un des meilleurs film que j'ai vu. Appuyez sur pause à n'importe quel moment du film, vous avez une image impeccable digne des plus grands photographes. 
Et je persiste à dire que certaines chansons de Britney Spears ont un potentiel énorme (mais je n'irai pas jusqu'au sublime).

Internet favorise-t'il ou amoindrit-il votre quête de trésor caché?
pour les noms d'artistes que je connais déjà, il est difficile de retrouver certaines oeuvre (notamment iconographiques). Le tri des résultats par popularité n'aide pas vraiment... sinon dans l'ensemble, la toile favorise la quête à condition de savoir bien chercher...

Quels artistes récemment réevalués n'auraient jamais dû l'être?
Il y en a tant... je suis d'accord avec Elsa sur La Chapelle. Je pense aussi à Jeff Koons. Certes, c'est marrant à voir au château de Versailles, mais en dehors... Et puis j'ai toujours du mal avec Van Gogh, Vlaminck, Gainsbarre (attention, pas avec Gainsbourgh), Le Clezio...

La discussion est ouverte! 

Je passe la patate chaude au Puceron zélé et à Csalyad...

p.s. : dessin de Walter Moers

18.5.09

A night at the opera


Pour les 25 ans de numéro 2, je nous ai fait plaisir : j'ai réservé deux fauteuils d'orchestre à l'opéra. Nous en rêvions, gamines. Depuis nos premiers galas de danse. Et nous y sommes allées il y a quelques semaines. En arrivant, premiers petits frissons en gravissant les marches de l'entrée, puis le grand escalier pour accéder à nos places grâce à une jeune hôtesse. 

Passé le premier moment d'extase, je m'assois, et je lève les yeux... que je ne descends plus pendant un quart d'heure. Je l'avais déjà contemplé lors d'une première visite, mais planer sous ce plafond de Chagall avant un ballet... le bonheur.


L'heure approchant, la salle se remplit, et mon regard est attiré vers le décor peint qui nous dissimule la scène...

Jusqu'à ce que les lumières s'éteignent et que le silence se fasse pour laisser entendre un luth accompagné d'une voix féminine...  le rideau se lève sur des danseuses habillées de noir.
Le premier ballet, Hark!, est d'Emanuel Gat, sur une musique de John Dowland (XVIIe). Et nous avons de la chance, c'est une première représentation mondiale.


Nous sommes sorties de ce premier ballet admiratives. 
Petite pause d'une dizaine de minutes pour nous remettre des premières émotions, et on enchaîne sur le White Darkness de Nacho Duato. L'admiration croît encore devant les deux danseurs étoiles qui évoluent sur scène. J'aimerais vraiment pouvoir décrire tout ce que j'ai ressenti, mais c'est difficile d'évoquer les émotions que peut provoquer un simple mouvement. Je retiens la première arabesque et ce pied fléchi qui se tend lentement, seul mouvement sur toute la scène... 

Et ces jeux avec le sable. Avec cette impression qu'il aurait suffi de souffler légèrement sur les danseurs pour qu'ils s'envolent... Autant de grâce et l'impossibilité de la représenter, c'est frustrant! Les 25 minutes du ballet se sont écoulées en quelques instants...

 Après une entracte de 20 minute, pendant lesquelles nous errons dans les couloirs de l'opéra, nous nous rasseyons pour une heure. Au programme : MC14/22 "Ceci est mon corps" d'Angelin Preljocaj. Le rideau s'ouvre sur le curieux tableaux d'hommes enfermés dans une cage. Sur le devant de la scène, un homme lave un corps sans mouvement. 

Dès le début j'ai été saisie par l'étrangeté du ballet. Cette sensation de déjà-vu, cette impression de rêver alors que l'on sait pertinemment être éveillé... Les lents mouvements de ces hommes produisaient un effet kaléidoscopique et il a fallu le sursaut des percussions pour me déshypnotiser. 

C'est le ballet que j'ai préféré. Il était violent, dérangeant, parfois burlesque, parfois cruel. Mes émotions dansaient sur un ligne de funambule au gré des scènes représentées, des mythologies évoquées, des références chrétiennes détournées... Comment vous le décrire? Une atmosphère tenant de Caro et Jeunet, une musique étrange... Quelques larmes au détour d'un mouvement... quelques sourires sur un jeu de main... et c'était déjà fini. 

Il a fallu sortir de la salle, encore frissonnantes, retrouver l'agitation de Paris, du métro. Nous avons eu du mal à redescendre sur terre, même après le restaurant japonais, même après une nuit de sommeil hantée par des rêves presque cauchemardesques. 

J'ai désormais dans la tête des mouvements que je souhaiterais sous le pinceau... 

Et je crois que j'ai trouvé un nouveau moyen de planer... 

p.s. : Photos des danseurs : Ann Deniau, Enrico Bartolucci.